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Design et tendances

Montréal, ville de design

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Vivre à Montréal a quelque chose de particulier: il fait bon y habiter, découvrir ses joyaux d’architecture et d’aménagements, déambuler dans ses parcours d’art public, participer à son bouillonnement continu de culture dont le métissage et la diversité sont enviés partout dans le monde.

24.02.2021
Par
Marie Dallaire, magazine FORMES

Contenu tiré du magazine FORMES, Volume 13, Numéro 2

Article rédigé initialement par Marie Dallaire, mais édité pour les fins de publication sur la plateforme Ananas.

Le design s’y décline de toutes les façons possibles. Historiquement, cette omniprésence peut s’expliquer par la situation géographique enviable de la ville : la reconnaissance dont elle est l’objet en tant que centre de commerce ferroviaire et maritime névralgique favorise la circulation d’idées avant-gardistes européennes, dont certaines jettent les bases de l’architecture et du design modernes. Mais ce facteur n’explique pas tout. Comme nous allons le voir dans les prochaines lignes, la période trouble de l’après-guerre avec ses grands bouleversements industriels, économiques et culturels est un moment charnière dans l’émergence du design au Québec. S’ajoute à cela le projet d’une exposition universelle, ce qui donne une impulsion exceptionnelle aux disciplines du design à Montréal.

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Vue du pavillon du Canada, Expo 67, 1967 – Source : © Musée McCord, M2015.34.6

L’émergence du design à Montréal

En 2016, à l’approche du cinquantenaire d’Expo 67, Martin Racine, professeur et directeur du programme d’études supérieures au Département de design et d’arts numériques de l’Université Concordia, a réalisé le portrait d’un des acteurs les plus en vue de cette époque, l’artiste et designer Julien Hébert, considéré aujourd’hui comme le fondateur du design au Québec. L’auteur trace le parcours exceptionnel de ce pionnier, l’ancrant aux faits saillants de ce pan de notre histoire « marquée par les débuts du design et de la quête du bel objet au Québec ». Il écrit : « Le design demeurait [pour lui] un mode de représentation qui reflète les traits culturels et les besoins spécifiques d’un peuple1. » Lui-même « a contribué à définir notre identité culturelle [il est] un des précurseurs de la Révolution tranquille en tentant, dans les années 1950, de faire admettre une vision qui entraînait une rupture par rapport à la société traditionnelle […] En s’imposant dans un domaine comme celui du design industriel, il a ouvert la voie à toute une génération de jeunes francophones désireux d’exprimer leur créativité2 ».

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Ornant la première de couverture de sa biographie, la chaise longue Contour, réalisée en 1953, permet à Julien Hébert d’obtenir de nombreux prix et distinctions. C’est l’une des premières créations québécoises à faire l’objet de publications et de diffusion à l’étranger.
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Martin Racine identifie trois conditions ayant favorisé l’émergence du design au Québec :

  1. Au plan technologique, le contexte des années 1950 est à la conversion de l’industrie manufacturière militaire à des fins civiles. Pour soutenir ce changement, les autorités politiques fédérales proposent la tenue d’expositions et de concours sur le design afin d’encourager les commerçants et les industriels à recourir aux experts du domaine.
  2. Au plan politico-économique, c’est la fin du cléricalisme social et des politiques conservatrices duplessistes dominées par des instances économiques anglophones. L’État québécois se modernise à travers la refonte de son appareil étatique, la création de grandes sociétés et la mise en place de nouvelles infrastructures. L’identité nationale se construit. Expo 67 s’inscrit en droite ligne dans ce processus de modernisation. Cet événement permet d’initier le grand public à la valeur du design sous toutes ses formes.
  3. Au plan culturel, le Québec des années 1960 est très en retard comparativement à d’autres pays, notamment les pays scandinaves. À titre de designer et de pédagogue reconnu, Hébert défend l’importance du design auprès des élites intellectuelles et des établissements d’enseignement afin qu’il soit reconnu et intégré au domaine des arts et de la formation.

L’émergence du design au Québec s’échelonne sur plusieurs décennies. Tout au long de sa carrière, le professeur et designer Julien Hébert se soucie de faire connaître sa discipline, convaincu qu’elle est à la base du développement culturel et économique de la société. Sous son influence, l’essor du design se confirme à travers plusieurs événements : fondation de l’Association des designers industriels du Québec (1964), création de programmes universitaires spécifiques à l’Université de Montréal et à l’Université du Québec à Montréal (1973), mise sur pied du Centre canadien d’architecture (1979), création du Centre de design de l’UQAM (1981). Petit à petit, des firmes de design s’implantent et l’industrie tend à y recourir de plus en plus pour se démarquer. Des concours, campagnes de remise de prix, événements internationaux initient le grand public et les manufacturiers aux principes modernistes du design : usage novateur des matériaux, pureté des lignes, fonctionnalité.

À propos d’Expo 67, Martin Racine écrit qu’elle « a directement contribué à ouvrir la voie au design. Pour la première fois, grâce à des pionniers comme Julien Hébert, la dimension du design est reconnue et mise à profit. Les différents pavillons, le concept des expositions, la présentation des artefacts, la mise en scène des thèmes, les éclairages, les lampadaires, la cabine du téléphérique, les bancs, le graphisme de la signalisation, etc., tout tend à faire saisir aux visiteurs l’importance du design dans l’environnement urbain et à rendre compte de la valeur du design par son ingéniosité, sa simplicité et sa clarté. Il semble que le temps où le design n’était considéré que comme une œuvre de seconde classe est révolu3 ». À partir des années 1980, on peut désormais affirmer qu’au Québec, le design quitte « son stade d’émergence pour entrer dans celui du développement4 ».

Le design pour relancer l’économie montréalaise

La fin des années 1970 représente pour Montréal une période de contre-performance économique. L’élection générale québécoise de 1976 a provoqué une onde de choc politique et économique qui pousse la classe d’affaires montréalaise, alors largement représentée par des sociétés anglophones, à un départ vers Toronto. Jugeant la relance de l’économie montréalaise essentielle à la santé économique du Canada tout entier, le gouvernement fédéral commande une étude pour améliorer la situation. Rendu public en 1986, le rapport Picard identifie le design comme l’un des sept axes prioritaires à exploiter pour relever l’économie métropolitaine. Appuyant leurs recommandations sur la mesure des forces en présence – « Montréal est déjà dotée d’une solide infrastructure : écoles de design, designers reconnus, dynamisme de la culture, renommée de style et de flair. Grâce à de tels atouts, Montréal a le potentiel pour devenir un grand centre international du design5 » –, ses auteurs recommandent l’élaboration d’une politique de promotion du design axée sur l’excellence, assortie de trois objectifs:

  • Faire du design une stratégie majeure de développement économique et de restructuration industrielle ;
  • Créer un conseil dévolu à sa promotion à travers les salons et les concours ;
  • Fournir au conseil une aide gouvernementale soutenue afin de développer le design6.

Ce rapport convainc les deux paliers de gouvernement ainsi que la Ville de Montréal de se mobiliser pour faire de la métropole « un centre international du design […] reconnu dans le monde entier7 ». Il constitue un point tournant pour le développement du design à Montréal, duquel découleront de nombreuses initiatives visant à confirmer le statut de Montréal comme ville internationale du design.

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Bibliothèque Marc-Favreau – Architecte: Dan Hanganu architectes, 2013 – Photo: Denis Labine, Ville de Montréal
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Bibliothèque du Boisé – Architectes : Cardinal Hardy/Labonté Marcil/Éric Pelletier Architectes en consortium/SDK et associés/Leroux Beaudoin Hurens et associés, 2013 – Photo: Denis Labine, Ville de Montréal

Un bilan honorable

Parmi toutes les initiatives qui ont soutenu le développement du design à Montréal depuis trois décennies, la création en 1991 d’un poste de commissaire au design, comme recommandé par le rapport Picard, a été sans conteste un geste déterminant pour la suite des choses. Marie-Josée Lacroix, commissaire au design et cheffe d’équipe au Bureau du design de la Ville de Montréal, y œuvre depuis plus de vingt-cinq ans. Grâce à elle et à l’appui de ses collaborateurs, les initiatives visant un design et une architecture de qualité ont gagné en importance à Montréal. Concours, colloques, communications organisés sous sa responsabilité ont eu pour effet de faire rayonner le design ici et à l’étranger, et d’encourager le recours aux designers. Entre autres, c’est sous sa direction qu’en 2006 Montréal a obtenu la désignation « Ville UNESCO de design ». Ainsi reconnue pour son potentiel créatif, la métropole appartient aujourd’hui avec 246 autres villes issues de plus de 80 pays au « Réseau des villes créatives ». La composante « Villes créatives de design » du Réseau regroupe 40 villes. Créé en 2004 par l’UNESCO, ce regroupement a identifié la créativité comme facteur stratégique de développement urbain durable8 et invite au partage d’expertise et à la coopération.

Le statut décerné par l’UNESCO en 2006 a eu sur la métropole l’effet d’un véritable accélérateur quant au nombre de possibilités offertes aux designers montréalais, et aux efforts de sensibilisation des divers publics au design de qualité. D’ailleurs il faut dire que dans son Plan d’action 2007-2017 – Montréal métropole culturelle, la Ville de Montréal s’était donné les moyens de ses ambitions, en projetant de « généraliser la pratique des concours, des ateliers et des panels d’experts, favorisant la qualité en amont des projets de construction et d’aménagement9 ». Ici, elle ne visait rien de moins que l’excellence en architecture et en design. Le résultat sur dix ans est très impressionnant. Sur 51 concours et ateliers de design et d’architecture lancés, 38 ont fait l’objet d’une mise en œuvre. Du coût de ces projets, chiffré à plus de 377 M$, plus de 27,3 M$ concernent l’attribution de 164 mandats de services professionnels à des designers et architectes finalistes ou lauréats10. Ce bilan très positif a valu à Montréal la reconduction de sa désignation « Ville UNESCO de design » en 2016.

En décembre 2020, Montréal a déposé son rapport d’évaluation en vue de la reconduction de son statut de ville UNESCO de design. Dans son bilan 2016-2019 figurent notamment trois projets majeurs menés à terme, en marge du développement de la commande municipale et des activités de promotion des talents montréalais :

  • Un nouveau plan d’action sectoriel en design 2018-2020 « Créer Montréal » lancé en mai 2018
  • Un premier Agenda montréalais 2030 pour la qualité et l’exemplarité en design et en architecture adopté par le conseil municipal en décembre 2019
  • Un premier portrait statistique sociodémographique et socioéconomique de l’écosystème du design montréalais rendu public en septembre 2020

En juin 2017, la Ville de Montréal a procédé à l’adoption de sa Politique de développement culturel pour les cinq prochaines années. L’occasion d’arrimer la vision montréalaise de la culture aux défis de la révolution numérique, de la diversité et du développement durable était à saisir.

Or, parmi les stratégies de développement figurant dans la Politique, une large part est faite au design. Se déclinant en plusieurs professions et s’appliquant à plusieurs domaines à la fois – culturel, économique, urbain, social et international –, il y représente un enjeu structurant qui cadre bien avec le caractère intersectoriel de la culture. L’objectif est simple : il s’agit de « mettre les talents en design au profit d’un développement économique et urbain durable et d’un milieu de vie de qualité, partout sur le territoire […] Pour la Ville de Montréal, la qualité du design est une conviction forte […] En créant le poste de commissaire au design […] Montréal a pris une longueur d’avance et fait aujourd’hui partie des métropoles parmi les plus expérimentées en matière de développement et de positionnement par le design11 ».

Le design au cœur de l’écosystème culturel

Visible partout, la culture est pour Montréal comme un cœur qui bat. Ses multiples facettes – vecteurs d’économie, de cohésion et d’identité – sont placées sous haute surveillance afin d’être continuellement stimulées de toutes parts. À tout cet écosystème, le design apporte un savoir créatif qui agit sur la vitalité culturelle de la ville et sur son rayonnement à travers le monde. En la matière, Montréal est un laboratoire de pratiques exemplaires. Cela n’exclut pas bien sûr les manquements ou les faux pas. Cependant, sa vision prioritaire du design, qui se dessine depuis plusieurs décennies et qui s’exprime dans la mise en place de mécanismes d’encadrement et d’accompagnement, est bien réelle. C’est cette même vision qui lui permet aujourd’hui d’anticiper les grands courants mondiaux et de s’assurer d’une position stratégique à l’échelle nationale et internationale.

NOTES

1 RACINE, Martin. Julien Hébert. Fondateur du design moderne au Québec, Les éditions du passage, Québec, 2016, p. 244.

2 Ibid., p. 241.

3 Ibid., p. 155.

4 Ibid., p. 104.

5 Comité consultatif sur le développement de la région de Montréal, sous la présidence de Laurent Picard. Rapport du Comité consultatif au Comité ministériel sur le développement de la région de Montréal, Ottawa, 1986, p. 153.

6 Ibid., résumé des pages 153-154.

7 Ibid., p. 153.

8 Pour plus d’information : http://fr.unesco.org/creative-cities/content/pourquoi-la-cr%C3%A9ativit%C3%A9-pourquoi-les-villes

9 Plan d’action 2007-2017 – Montréal métropole culturelle, version 2013, Ville de Montréal, p. 13.

10 Données du Bureau du design de la Ville de Montréal.

11 Conjuguer la créativité et l’expérience culturelle citoyenne à l’ère du numérique et de la diversité, Politique de développement culturel 2017-2022, Ville de Montréal, p. 73-74.